Homélie du 2ème dimanche de carême

Les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, auraient-ils fumé, ainsi qu’on le dit parfois de personnes sujettes à des hallucinations ? Qu’est-ce qui a pu déclencher l’écriture de ce récit de vision collective : Jésus, d’une blancheur telle qu’on ne peut en obtenir sur terre, Moïse, Elie, une nuée, une voix qui vient du ciel. Nous sommes en présence non pas d’une hallucination, mais de ce qu’on appelle une théophanie, c’est à  dire une manière très biblique de décrire une révélation, une manifestation de Dieu. C’est un langage, une manière de dire les choses, de décrire une expérience spirituelle, avec autre chose que des mots et de la logique. Et cela surprend toujours chez nous, pays de Descartes, car nous sommes habitués aux choses rationnelles. Et la question qui se pose n’est pas « comment cela a-t-il pu exister ? » C’est une question qui conduit à une impasse. La question qui se pose est : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » C’est-à-dire qu’il faut faire marcher notre raison, afin de comprendre le langage et d’entrer dans l’intelligence de ce célèbre épisode évangélique qu’on lit chaque deuxième dimanche de Carême, et qu’on fête le 6 août : la Transfiguration de Jésus.  Pourquoi les Evangélistes nous ont-ils transmis ce récit ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous sommes en carême. Chaque année nous prenons symboliquement un chemin de montée vers la fête de Pâques, sur les pas de Jésus. Parce que nous croyons en Jésus, nous voulons le suivre et manifester que notre baptême est bien vivant. Nous avons 40 jours de carême qui symbolisent la totalité de notre existence, de la naissance à la mort. Et le carême vient éclairer le sens de cette existence si fragile, si éphémère au regard des siècles, de l’univers. C’étaient les questions du désert dimanche dernier : qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux faire ? Le carême n’est pas qu’un moment rythmé par des rendez-vous liturgiques. C’est une traversée ou notre vie est à l’épreuve. Particulièrement cette année nous faisons collectivement l’expérience de la souffrance à cause de la pandémie. Chacun essaie de s’en sortir comme il peut et nous essayons tous d’être attentifs à ceux qui ont le plus de mal à se tirer de cette histoire. Le carême, comme un condensé de notre vie, nous met devant l’échéance ultime, la mort, qui est l’horizon terrestre de notre vie. Et c’est parce qu’il y a cette échéance que nous nous posons la question de qui nous sommes et du sens de la vie. L’Evangile nous enseigne que Dieu, par Jésus, a totalement fait l’expérience de cette réalité humaine marquée par la mort. Le ministère et la vie de Jésus sont comme aimantés vers  le sommet de sa vie qui va être la passion, puis la mort sur la croix. L’Evangile nous découvre, page après page, les raisons qui vont conduire Jésus à la mort, la haine dont il va faire peu à peu l’objet de la part des responsables religieux et politiques. Et c’est très conscient de cet horizon difficile, angoissant, qu’il invite ses proches à élargir leur horizon sur le sens de la souffrance et à voir plus loin, plus profond. Si le carême nous met en face de la souffrance et rappelle la réalité humaine, il nous fait voir aussi plus loin. L’épisode de la transfiguration, veut aider les disciples à comprendre que même à travers les souffrances humaines il y a un bonheur, il y a un horizon. Je vous invite à lire le témoignage de Michelle dans le Trait d’Union de cette semaine qui décrit bien cet horizon fasse à l’angoisse et à la maladie. C’est un message d’espérance, un témoignage de la force de la foi en la résurrection. La résurrection, le mot est lâché. Le carême aboutit  à Pâques. « Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’Homme soit ressuscité d’entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire ressusciter d’entre les morts. » Qu’est-ce que cela veut dire, la résurrection des morts, se demandent les premiers des apôtres ? Je vais peut-être dire une hérésie que vous ne rapporterez pas à Rome. La résurrection n’est pas un dogme. Elle ne tombe pas du ciel, elle ne s’impose pas : « Les disciples se demandaient ce que voulait dire ressusciter des morts ».

« Les dogmes de la foi sont des choses à regarder avec une certaine distance, avec attention, respect et amour » dit la grande philosophe Simone Weil. Je corrige un peu ce que j’ai dit : la résurrection est un dogme en ce sens qu’elle est un élément incontournable de notre recherche de Jésus, de notre marche à la suite de Jésus. Qu’est-ce que cela veut dire ? La réponse est au-delà des mots. Elle est le domaine de l’amour. La réponse est le visage que nous offrons en descendant de la montagne, ce que nos yeux sont capable de refléter de l’amour que Dieu a mis en nous. Nous ne sommes pas victimes d’hallucination en croyant Jésus ressuscité des morts. Nous faisons profession de foi en la vie, plus forte que la mort. C’est un parti pris d’espérance capable de changer de manière sûre nos désespérances humaines en foi solide en la vie, en l’humanité, en Dieu. Et nous demandons à Dieu d’être, même fugitivement, un peu des rayons de sa lumière, dans la plaine où nous redescendons. Confiance, nous dit Jésus.

Daniel Orieux

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